Vous avez reçu un mail menaçant évoquant une « convocation officielle » liée à la protection des mineurs ? Pas de panique : il s’agit d’une escroquerie massive, active en France depuis l’été 2020, et qui continue de faire des victimes en 2025-2026. Décryptage des incohérences et du mécanisme de cette fraude.
Le mail reçu
Le message prétend émaner d’un « Tribunal » et évoque une audition auprès de la « Direction centrale de la brigade de police pour la protection des Mineurs ». Il est signé « Adjoint au Major Général Christophe MARIETTI » et demande au destinataire de répondre sous 24 heures à une adresse Gmail, sous peine de transmission du dossier « aux autorités compétentes ».
Les incohérences qui trahissent la fraude
Une institution qui n’existe pas. Le mail mentionne la « Direction centrale de la brigade de police pour la protection des Mineurs ». Cette appellation n’existe tout simplement pas. La véritable structure s’appelle la Brigade de Protection des Mineurs (BPM), rattachée à la Direction régionale de la Police judiciaire de Paris. Par ailleurs, il n’existe aucune « Direction centrale » portant ce nom.
Un grade et une affectation incohérents. Le signataire est présenté comme « Adjoint au Major Général Christophe MARIETTI ». Christophe Marietti existe bel et bien : il s’agit d’un général de corps d’armée de la Gendarmerie nationale, nommé adjoint au major général de la gendarmerie par décret du 6 août 2025. Mais la Gendarmerie et la Police nationale sont deux institutions distinctes. Un officier général de la Gendarmerie ne signe pas de convocations au nom d’une brigade de police. Le mélange des structures est un indice flagrant de supercherie.
Une adresse Gmail pour contact officiel. L’adresse fournie est « servicesinterpolsurete75@gmail.com ». Aucune administration française (police, gendarmerie, justice) n’utilise jamais une adresse Gmail, Hotmail ou Yahoo pour ses communications officielles. Les adresses institutionnelles se terminent systématiquement en @interieur.gouv.fr, @gendarmerie.interieur.gouv.fr ou @justice.gouv.fr. L’ajout de « interpol » et « sureté » dans l’adresse vise à impressionner le destinataire, sans aucune légitimité.
La police ne convoque jamais par e-mail. C’est le point fondamental : les autorités judiciaires françaises n’envoient jamais de convocation par courrier électronique. Une convocation réelle est transmise par courrier recommandé avec accusé de réception, par remise en main propre par un officier de police judiciaire, ou par acte d’huissier. Le Ministère de l’Intérieur lui-même le rappelle sur son site officiel.
Un message non personnalisé. Le mail commence par « Madame, Monsieur » sans mentionner aucun nom, aucun numéro de dossier, aucune référence précise. Une véritable procédure judiciaire mentionne toujours l’identité complète de la personne concernée, le numéro de procédure et la juridiction compétente.
Un délai de 24 heures irréaliste. L’ultimatum de 24 heures est une technique classique de manipulation psychologique. En réalité, la justice accorde des délais bien plus longs et passe par des voies de notification formelles, pas par un email menaçant.
Le mélange incohérent des institutions. Le mail évoque simultanément un « Tribunal », une « brigade de police », et une adresse contenant « interpol » et « sureté ». Ce mélange de références à des institutions différentes (police nationale, Interpol, sûreté) est typique des arnaques qui empilent les références officielles pour intimider.
Le véritable objectif : extorsion et vol de données
Cette arnaque, identifiée par Cybermalveillance.gouv.fr depuis 2020, fonctionne selon un schéma bien établi. Si le destinataire répond au mail, les escrocs engagent un échange pour l’accuser de faits gravissimes liés à la pédopornographie ou à la pédophilie. Ils proposent ensuite de « régler l’affaire » moyennant le paiement d’une « amende » de plusieurs milliers d’euros, ou cherchent à obtenir des données personnelles exploitables (pièces d’identité, coordonnées bancaires).
Les auteurs de ces campagnes, souvent basés en Afrique de l’Ouest, envoient ces messages en masse en comptant sur l’effet de panique que provoquent des accusations aussi graves. Ils usurpent systématiquement l’identité de hauts fonctionnaires réels pour crédibiliser leur démarche.
Que faire si vous recevez ce type de mail ?
Ne répondez pas. Répondre confirme aux escrocs que votre adresse est active et que vous êtes réceptif au message.
Ne payez rien. Aucune infraction pénale ne se règle par un paiement direct suite à un email.
Signalez le message sur la plateforme officielle Cybermalveillance.gouv.fr et transférez-le à l’adresse de signalement de l’Office anti-cybercriminalité (OFAC) : fraude-bretic@interieur.gouv.fr.
Si vous avez répondu ou payé, déposez plainte immédiatement auprès du commissariat ou de la brigade de gendarmerie la plus proche, et contactez votre banque sans délai.




































