Les lunettes connectées sont sorties de la catégorie gadget. La CNIL a publié un appel à la vigilance assorti d’un plan d’action, et six recommandations directement opposables aux utilisateurs. Le point le plus intéressant n’est pas le risque de captation : c’est l’aveu de l’autorité que le problème dépasse son propre périmètre.
Qu’est-ce qu’une paire de lunettes connectées ?
La définition retenue est volontairement banale. Des lunettes de vue ou de soleil ordinaires, dont la monture embarque un micro et une caméra, reliées au téléphone du porteur. Elles permettent d’appeler, d’écouter de la musique, de photographier et de filmer, souvent par commande vocale.
S’y ajoute désormais un système d’intelligence artificielle. Le porteur interroge un agent sur son environnement immédiat : décris ce que je vois, traduis ce que dit la personne en face. Pour répondre, le système déclenche les capteurs.
C’est le point de bascule. La question posée à l’assistant active la caméra, donc la captation de tiers, sans que ceux-ci n’aient rien vu ni entendu.
En quoi est-ce différent d’un smartphone ?
La comparaison au téléphone est la première objection, et la CNIL y répond avec précision. Un téléphone doit être sorti et orienté. Il ne voit que ce que son porteur lui montre, et ce geste est visible.
Les lunettes filment tout ce que leur porteur regarde. Comme elles ne se distinguent pas de lunettes ordinaires, la personne à proximité ne dispose d’aucun indice fiable.
Le second risque identifié est plus lourd. L’autorité décrit un basculement d’une surveillance fixe et signalée, celle de la vidéoprotection que chacun sait repérer, vers une surveillance mobile et quasi invisible. La conséquence anticipée est l’autocensure : douter en permanence d’un enregistrement possible. Les lieux cités sont ceux où l’intimité est attendue, cabinets médicaux, vestiaires, toilettes.
Le voyant lumineux suffit-il ?
Non, et c’est documenté. L’effectivité des indicateurs dépend de la distance, du lieu et de l’ensoleillement. Les tiers ne savent souvent pas ce que signale le voyant. Des cache-lumière sont vendus dans le commerce, et des tutoriels expliquent comment neutraliser l’indicateur.
Le sondage publié par le laboratoire d’innovation de la CNIL confirme l’attente d’information sans qu’aucune modalité ne s’impose. Près de neuf personnes sur dix trouveraient dérangeant d’être filmées sans consentement et souhaiteraient être informées, mais ni le voyant, ni le signal sonore, ni la notification ne se dégagent nettement.
| Perception mesurée | Part des personnes interrogées |
|---|---|
| Y voient un risque pour la vie privée | 67 % |
| Jugent le risque d’être filmé supérieur à celui du smartphone | 81 % |
| Citent le droit à l’image comme première inquiétude | 57 % |
| En possèdent une paire | 1 % |
L’enquête a été menée en ligne du 22 au 29 janvier 2026 auprès de 2 128 personnes représentatives de la population française majeure. Ce n’est pas un rejet : l’utilité est reconnue, notamment comme aide pour certains handicaps. C’est une acceptation sous condition d’information.
Que dit la loi si on filme sans prévenir ?
La CNIL rappelle que l’usage relève du RGPD et de la loi Informatique et Libertés, mais que les enjeux excèdent ce cadre. Elle mobilise donc deux autres textes.
L’article 9 du code civil garantit le respect de la vie privée dans tous les lieux, privés comme publics. L’article 226-1 du code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de fixer, enregistrer ou transmettre sans consentement l’image d’une personne se trouvant dans un lieu privé.
La conclusion est explicite : l’utilisateur doit respecter le droit à la vie privée des personnes captées et, le cas échéant, recueillir leur consentement. Les règles de l’autorisation de droit à l’image en entreprise s’appliquent sans aménagement.
Quelles règles poser dans son organisation ?
La CNIL formule six recommandations applicables immédiatement. Elles constituent, telles quelles, une base de rédaction pour un règlement intérieur ou une note de service.
- Informer les personnes à proximité lorsqu’on utilise des lunettes connectées.
- Désactiver les fonctions de captation dès qu’elles ne sont plus utiles.
- Éteindre ses lunettes chaque fois qu’il est demandé d’éteindre son téléphone.
- Éviter de les utiliser dans les lieux où les personnes ne s’y attendent pas.
- Obtenir le consentement avant de publier des photos ou vidéos où des personnes apparaissent.
- Réfléchir avant de partager, une publication anodine pouvant avoir des effets durables.
Trois chantiers se dégagent, et aucun n’impose d’attendre les travaux européens annoncés. L’usage personnel dans les locaux, à trancher dans la charte informatique au même titre que l’encadrement des outils d’IA en entreprise. L’usage professionnel décidé par l’organisme, pour de la maintenance assistée par exemple, où l’analyse d’impact s’impose presque toujours. Enfin l’accueil du public, où une règle d’affichage se prépare à froid, pas le jour d’un incident.
Recenser les dispositifs de captation, qualifier le risque et tracer la décision prend un temps considérable quand tout vit dans des fichiers séparés. DPO SUITE relie chaque dispositif à son analyse d’impact et à la mention d’information correspondante. Voir comment garder une cartographie des captations à jour.
Les mêmes réflexes valent pour la captation d’images par drone, autre dispositif mobile où l’information des personnes reste le point faible.
Source officielle : CNIL, les lunettes connectées : la CNIL appelle à la vigilance.
FAQ
Peut-on interdire les lunettes connectées au bureau ?
Oui, par le règlement intérieur ou la charte informatique, à condition que la restriction soit proportionnée au but poursuivi. Une interdiction ciblée sur certaines zones, espaces de soins, vestiaires, salles où circulent des informations sensibles, se justifie plus facilement qu’une interdiction générale et absolue.
Filmer dans la rue avec ces lunettes est-il permis ?
La captation dans un lieu public échappe à l’article 226-1 du code pénal, qui vise les lieux privés. Le droit à l’image et l’article 9 du code civil continuent toutefois de s’appliquer. La publication d’une image identifiante sans accord reste donc contestable par la personne filmée.
Une analyse d’impact est-elle obligatoire ?
Elle s’impose presque toujours lorsque l’organisme décide lui-même de déployer ces dispositifs. La captation y est systématique, elle concerne des tiers non consentants et elle s’exerce dans un contexte où les personnes ne peuvent pas raisonnablement s’y opposer, trois critères qui déclenchent l’analyse.
Le RGPD s’applique-t-il à un usage strictement personnel ?
L’exception domestique écarte le règlement pour les activités personnelles sans lien avec une activité professionnelle. Elle cesse dès que les images sont diffusées largement ou utilisées dans un cadre professionnel. Un salarié qui filme ses collègues avec ses lunettes personnelles sort de cette exception.
*Article co-généré par l’IA et la documenté auprès de la CNIL, révisé par le DPO.
































