Avis d’aptitude et d’inaptitude : un equilibre entre information et secret medical
L’avis d’aptitude ou d’inaptitude delivre par le medecin du travail est le seul document medical qui transite entre le SPST et l’employeur. C’est un point de friction majeur entre le droit a l’information de l’employeur (pour adapter le poste ou reclasser le salarie) et le secret medical qui protege les donnees de sante du salarie.
De nombreuses entreprises meconnaissent les limites de ce que l’avis peut contenir. Des medecins du travail, parfois sous pression, peuvent etre tentes de communiquer trop d’informations. Le RGPD et le Code du travail fixent un cadre precis qu’il est essentiel de maitriser.
Ce que l’avis d’aptitude peut contenir
Mentions autorisees
L’avis d’aptitude transmis a l’employeur doit se limiter a un nombre restreint d’informations. La conclusion (apte, apte avec restrictions, inapte) constitue le coeur de l’avis. Les restrictions ou preconisations d’amenagement sont formulees en termes fonctionnels : pas de port de charges superieures a 10 kg, pas de travail en hauteur, amenagement d’horaires, poste sedentaire.
L’avis mentionne egalement la date de la visite, l’identite du medecin du travail, les voies et delais de recours. En cas d’inaptitude, l’avis precise si le salarie est apte a un reclassement et si son maintien dans l’emploi serait gravement prejudiciable a sa sante.
Mentions strictement interdites
L’avis ne doit jamais contenir de diagnostic medical, de nom de pathologie, de resultat d’examen, de traitement en cours, de pronostic, de reference a un arret maladie anterieur ou de toute information permettant a l’employeur de deduire la nature de la maladie du salarie.
Par exemple, une restriction formulee comme « inapte suite a depression » ou « apte sous reserve du traitement de son diabete » constitue une violation du secret medical et du RGPD. La bonne formulation serait : « amenagement des horaires necessaire » ou « limitation de la station debout prolongee ».
Le cadre reglementaire
Code du travail
Les articles R4624-42 a R4624-57 du Code du travail encadrent le contenu de l’avis d’aptitude. Ils definissent les mentions obligatoires et les modalites de transmission. L’article L4624-7 precise les conditions de l’inaptitude et les obligations de reclassement, sans jamais autoriser la communication d’informations medicales a l’employeur.
RGPD et donnees de sante
Le RGPD classe les donnees de sante comme donnees sensibles (article 9). Leur traitement est interdit sauf exceptions limitatives. L’employeur ne beneficie d’aucune exception lui permettant d’acceder aux donnees medicales de ses salaries. L’avis d’aptitude constitue le seul flux autorise, et son contenu est strictement encadre.
Le principe de minimisation (article 5.1.c) impose que seules les informations strictement necessaires a l’adaptation du poste soient communiquees. Toute information supplementaire est excessive et non conforme.
Situations pratiques et erreurs courantes
L’employeur demande des precisions medicales
Il est frequent qu’un employeur demande au medecin du travail des precisions sur la pathologie du salarie pour « mieux comprendre les restrictions ». Le medecin du travail doit refuser categoriquement cette demande. Sa reponse doit se limiter a expliciter les restrictions fonctionnelles sans reveler d’information medicale. Si l’employeur insiste, le medecin peut l’orienter vers le salarie, qui est seul maitre de la decision de communiquer ou non sur son etat de sante.
Les echanges informels
Les echanges informels entre le medecin du travail et l’employeur (telephone, email) constituent un risque majeur de violation du secret medical. Un medecin qui declare par telephone « le salarie a un probleme de dos » ou « il est sous antidepresseurs » commet une faute grave. Ces echanges doivent etre formalises et limites aux informations autorisees.
L’inaptitude et le reclassement
En cas d’inaptitude, l’employeur doit rechercher un poste de reclassement. Pour cela, il a besoin de connaitre les capacites restantes du salarie, pas sa pathologie. Le medecin du travail formule des preconisations d’amenagement : type de poste compatible, horaires adaptes, environnement de travail necessaire. Ces informations suffisent a orienter la recherche de reclassement.
Le cas de la mention « tout maintien dans un emploi serait gravement prejudiciable »
L’article L4624-4 du Code du travail permet au medecin du travail de mentionner que tout maintien du salarie dans un emploi serait gravement prejudiciable a sa sante. Cette mention dispense l’employeur de l’obligation de reclassement. Bien qu’elle revele indirectement la gravite de l’etat de sante, elle est prevue par la loi et ne constitue pas une violation du secret medical.
Conservation des avis d’aptitude
Cote SPST
Le SPST conserve l’avis d’aptitude dans le DMST du salarie, selon les durees de conservation reglementaires. L’archivage doit etre securise et heberge chez un prestataire certifie HDS.
Cote employeur
L’employeur conserve l’avis d’aptitude dans le dossier du personnel du salarie. La duree de conservation est liee a la duree de la relation de travail, augmentee des delais de prescription (5 ans en droit du travail, 10 ans pour les maladies professionnelles). L’acces au dossier du personnel doit etre restreint aux personnes habilitees (RH, direction) et les avis ne doivent pas etre accessibles aux managers operationnels.
Recours et contestation
Le salarie ou l’employeur peut contester l’avis d’aptitude devant le conseil de prud’hommes dans un delai de 15 jours. Cette procedure peut impliquer la communication de donnees medicales au juge. Le medecin du travail peut etre amene a transmettre des elements medicaux au medecin-inspecteur du travail, dans le respect du secret medical partage entre professionnels de sante.
Bonnes pratiques
Pour securiser la gestion des avis d’aptitude, plusieurs bonnes pratiques s’imposent. Le SPST doit utiliser des modeles d’avis standardises ne comportant aucun champ pour des informations medicales. Les medecins du travail doivent etre formes a la formulation de restrictions fonctionnelles. Les echanges avec les employeurs doivent etre traces et formalises. L’employeur doit sensibiliser ses equipes RH aux limites de l’information transmissible.
Conclusion
L’avis d’aptitude est un document essentiel qui doit concilier le besoin d’information de l’employeur et la protection des donnees de sante du salarie. Le respect du secret medical et du RGPD n’est pas un frein a la bonne gestion des ressources humaines mais une garantie de confiance pour les salaries et de securite pour les SPST et les entreprises.
Article redige par Laurent de Cavel, DPO certifie.




































