Un salarié désigne un bouton, pose une question à voix haute et reçoit une explication dessinée sur son écran. L’usage paraît simple. Pour un DPO, une autre question se pose : quelles informations l’assistant a-t-il reçues pour répondre ?
Repéré dans la dernière newsletter Superhuman, HeyClicky illustre cette évolution. Son journal de versions date du 23 octobre 2026 la sortie Windows et une mise à jour Mac associant explications visuelles, commande de l’ordinateur et intervention dans Chrome. Des correctifs Windows suivent le 24 octobre. Il ne s’agit donc pas d’un lancement du 30 octobre. Ces fonctions sont annoncées par l’éditeur ; nous n’avons pas testé leur fonctionnement. Journal officiel des versions
Le geste de l’utilisateur ne délimite pas nécessairement la collecte
Prenons un exemple fictif : un gestionnaire veut comprendre une formule. À côté figurent des noms, des montants et un commentaire interne. Sa question porte sur la formule, pas sur ces informations environnantes.
Avant d’autoriser l’usage, l’organisation doit déterminer ce qui est effectivement transmis : zone sélectionnée, fenêtre, écran complet ou texte extrait. Les documents consultés ne permettent pas de garantir que pointer un élément limite techniquement la collecte à cet élément.
Cette question concerne tous les secteurs : dossier d’usager, information RH, réclamation client ou document contractuel. Un essai sur des données fictives permettrait d’évaluer l’intérêt pédagogique sans ouvrir immédiatement les dossiers réels.
Une capture supprimée peut laisser des informations dans l’analyse
La page « Trust » affirme que les captures brutes disparaissent après traitement, tandis que l’analyse produite par l’IA et le prompt sont conservés. Elle décrit un traitement dans le cloud et annonce l’absence d’entraînement sur les données. Ce sont des déclarations du fournisseur, pas une vérification indépendante. Page Trust
La politique détaillée indique que les captures et entrées vocales transitent par un serveur intermédiaire vers des fournisseurs d’IA, notamment Anthropic, OpenAI, Deepgram et Cerebras. Elle prévoit aussi que les contenus lus pendant une tâche puissent rester dans son historique. Politique de confidentialité, sections 3.1, 3.2 et 3.6
Pour le DPO, l’examen ne s’arrête donc pas au sort de l’image. Une synthèse peut encore contenir des noms ou des informations confidentielles. Les questions à clarifier portent sur les données dérivées, les durées, les accès, les lieux de traitement et les garanties contractuelles applicables.
Expliquer et agir sont deux autorisations différentes
Selon sa politique, l’extension Chrome peut lire les pages traitées, cliquer et saisir du texte, y compris dans des sites où l’utilisateur est déjà connecté. L’arrêt d’une tâche empêche les actions suivantes, mais n’annule pas celles déjà réalisées. Politique de confidentialité, section 3.6
Une organisation pourrait donc autoriser un pilote d’assistance visuelle sans autoriser immédiatement les modifications ou les envois. Avant une action externe, le contrôle humain devrait porter sur le compte utilisé, les données, le destinataire et le résultat attendu. Il s’agit d’une proposition de gouvernance, pas d’une fonction de validation que nous aurions constatée dans HeyClicky.
Quatre vérifications concrètes pour un pilote
- Tester ce que l’assistant exploite lorsque des informations fictives entourent l’élément utile.
- Utiliser un profil de navigateur dédié, sans messagerie ni compte métier réel.
- Examiner ce qui reste dans les conversations et faire préciser les modalités d’effacement.
- Interrompre une tâche sans conséquence réelle, puis distinguer ce qui a été accompli de ce qui a été empêché.
Ces essais ne démontrent pas, à eux seuls, la conformité du service. Ils permettent de documenter ses usages et ses limites avant de décider de son déploiement.
La CNIL recommande précisément de partir d’un besoin identifié, d’encadrer les usages, de former les utilisateurs et de choisir un déploiement adapté aux risques. Une interface plus intuitive ne dispense pas de cette démarche. Recommandations du 18 juillet 2024
À retenir : avant de laisser une IA regarder un poste de travail, il faut pouvoir expliquer ce qu’elle reçoit, ce qu’elle conserve et ce qu’elle peut faire. Le geste peut être très ciblé ; les permissions et les flux doivent l’être aussi.






























