Les États-Unis ont récemment pris une décision radicale : interdire à l’entreprise russe Kaspersky de vendre ses logiciels sur leur territoire. Cette mesure, annoncée jeudi, est motivée par des préoccupations de sécurité nationale. Washington accuse Kaspersky de proximité avec le gouvernement russe, ce qui constituerait un risque potentiel pour la cybersécurité américaine. Le Département du Commerce a expliqué que cette interdiction résulte d’une enquête approfondie révélant les dangers posés par les opérations de l’entreprise aux États-Unis, notamment en raison des capacités cyberoffensives du gouvernement russe et de son influence sur Kaspersky.
Sanctions économiques contre les dirigeants
En parallèle à cette interdiction, le Département du Trésor américain a imposé des sanctions économiques à 12 dirigeants de Kaspersky. Ces mesures visent à protéger l’intégrité de l’espace numérique américain contre les menaces en ligne. Brian Nelson, sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, a souligné l’engagement des États-Unis à garantir la sécurité de leurs citoyens dans le domaine numérique.
Réponse de Kaspersky et du Kremlin
Kaspersky a rapidement réagi à ces accusations, réaffirmant son indépendance vis-à-vis de tout gouvernement et jugeant la décision américaine injustifiée et infondée. Dans un communiqué, l’entreprise a dénoncé les accusations de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) comme étant purement spéculatives et sans preuves concrètes.
Le Kremlin a également critiqué les sanctions, les qualifiant de « technique préférée de concurrence déloyale » des États-Unis. Selon le porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov, Washington utilise ces méthodes à chaque fois pour affaiblir ses concurrents.
Un risque technologique
Kaspersky, avec ses produits utilisés par plus de 400 millions de personnes et 270 000 entreprises dans le monde, est reconnue pour son expertise en cybersécurité. Cependant, les antivirus, par nature, doivent surveiller et vérifier en permanence l’activité des systèmes qu’ils protègent, ce qui peut potentiellement être exploité à des fins malveillantes. Gérôme Billois, expert en cybersécurité chez Wavestone, souligne que ces logiciels peuvent être utilisés pour espionner, capter des informations, effacer des données ou masquer des attaques.
Historique de la méfiance américaine
Les sanctions actuelles contre Kaspersky ne sont que l’aboutissement d’une décennie de méfiance et de mesures visant à réduire la présence de l’entreprise aux États-Unis. Dès 2017, le ministère de la Sécurité intérieure américain avait demandé aux agences fédérales de cesser d’utiliser les produits Kaspersky. Cette interdiction s’est étendue au gouvernement fédéral l’année suivante.
L’objectif principal des États-Unis est de protéger les infrastructures critiques et les agences fédérales contre des scénarios de déstabilisation potentiels. En France, la réaction des autorités face à cette décision américaine sera observée de près, d’autant plus que le pays ne dispose pas de solutions antivirus locales et dépend d’acteurs étrangers pour sa cybersécurité.
La méfiance envers Kaspersky s’explique par les risques technologiques et les craintes d’influence gouvernementale. La décision américaine est une mesure de précaution pour protéger leur cybersécurité nationale, malgré les protestations de l’entreprise et du gouvernement russe. Les entreprises et les particuliers devront maintenant se tourner vers des alternatives pour sécuriser leurs systèmes.


































