Le 8 octobre 2026, la société Redact a repéré du texte invisible dans le centre d’aide de WhatsApp. Sur 545 pages examinées, 80 contenaient au total 102 blocs d’instructions destinées à une intelligence artificielle, absentes de l’affichage mais présentes dans le code source, selon son compte rendu publié le 19 octobre. La plupart étaient anodines. Deux ont retenu l’attention parce qu’elles touchaient à la manière dont un chatbot de support répond aux personnes qui veulent faire valoir leurs droits.
Ce que disaient les consignes
Sur la page consacrée à la suppression de compte, le texte caché demandait à l’assistant de ne pas recommander de contacter une autorité de protection des données ou un régulateur. Sur la page relative au signalement et au blocage, il lui interdisait de citer ou d’interpréter le RGPD, la LGPD brésilienne ou le CCPA californien dès que l’utilisateur évoquait un avocat, une action en justice ou un tribunal, même si l’utilisateur mentionnait lui-même ces textes.
Interrogé par WIRED, WhatsApp a expliqué que ces notes visaient son propre chatbot de support, qu’elles étaient apparues à la suite d’un bug désormais corrigé, et que l’entreprise souhaitait que ses assistants s’en tiennent à des conseils sur l’application, sans se prononcer sur le droit applicable. Lors d’une vérification le 18 octobre, les 102 blocs avaient disparu. Redact précise ne pas savoir si un assistant a effectivement suivi ces consignes, ni depuis quand elles figuraient en ligne. Les centres d’aide de Facebook et d’Instagram vérifiés n’en contenaient pas.
Le chatbot de support face aux droits des personnes
L’intention affichée, éviter qu’un robot donne des consultations, se comprend. Le RGPD impose pourtant au responsable de traitement des obligations qui ne relèvent pas du conseil. Les articles 13 et 14 du RGPD exigent d’informer les personnes de leur droit d’introduire une réclamation auprès d’une autorité de contrôle. L’article 12, paragraphe 2, demande de faciliter l’exercice des droits, et l’article 77 consacre ce droit de réclamation. Un assistant programmé pour taire cette possibilité au moment précis où l’utilisateur cherche à supprimer son compte travaille contre ces dispositions.
La loyauté de l’article 5 est aussi en cause. Une personne qui écrit à un service client pense recevoir une information neutre. Si l’outil a reçu pour instruction d’éviter certains sujets, l’échange est orienté à son insu. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle prévoit en outre, à l’article 50, que les personnes soient informées lorsqu’elles interagissent avec un système d’IA.
Le risque technique : l’injection de prompts
Le procédé décrit par Redact pose un second problème. Des instructions placées dans une page web, invisibles pour le lecteur humain, sont lues par tout modèle de langage qui consulte la page, y compris des assistants tiers que l’éditeur ne contrôle pas. Un attaquant qui parvient à insérer ce type de texte dans une base de connaissances, un document partagé ou un ticket peut détourner un chatbot de support : lui faire divulguer des informations, donner de fausses procédures ou refuser des demandes légitimes. Ce risque se traite comme une question de sécurité au sens de l’article 32.
Ce que l’organisme doit vérifier avant de déployer un assistant
- Relire le prompt système et toutes les consignes injectées dans la base de connaissances, et vérifier qu’aucune n’écarte les droits des personnes ou la saisine de la CNIL.
- Prévoir que l’assistant oriente vers le formulaire ou l’adresse dédiée à l’exercice des droits et vers les coordonnées du DPO, et vers un interlocuteur humain dès qu’une demande de droits est formulée.
- Enregistrer les demandes de droits reçues par le chatbot dans le circuit habituel, pour respecter le délai d’un mois de l’article 12.
- Contrôler les contenus que l’assistant ingère (pages d’aide, documents, tickets) et limiter qui peut les modifier, pour réduire le risque d’injection.
- Inscrire le traitement au registre, encadrer le fournisseur du modèle par un contrat article 28, et conduire une AIPD si les échanges portent sur des données sensibles ou à grande échelle.
- Informer clairement l’utilisateur qu’il échange avec une IA, et conserver les conversations selon une durée définie.
Le cas WhatsApp montre aussi que les consignes d’un assistant ne restent pas confidentielles. Elles se lisent dans le code d’une page, se déduisent des réponses ou ressortent par une requête habile. Mieux vaut écrire des consignes que l’organisme accepterait de voir publiées, et en garder une trace datée dans la documentation du traitement. En cas de plainte, cette documentation permettra d’expliquer ce que l’outil devait faire.
Dans les services de santé au travail ou les collectivités, un assistant en ligne reçoit vite des questions sur l’accès au dossier, la rectification ou l’effacement. Je recommande de tester ces scénarios avant la mise en production, en jouant le rôle d’un usager mécontent qui veut saisir la CNIL, et de noter ce que répond l’outil.
Les DPO du réseau DPO FRANCE accompagnent les organismes qui intègrent un assistant conversationnel, de l’AIPD à la revue des consignes. DPO SUITE permet de tracer les demandes de droits, quel que soit leur canal d’arrivée, et de documenter le traitement au registre.

















