Ce que la préversion Siri AI permet aux développeurs
L’éditeur déclare les contenus de son application (les entités) et les actions que Siri a le droit d’utiliser. Une nouvelle macro transforme une intention en outil que l’assistant peut appeler, et les contenus indexés dans Spotlight deviennent accessibles à Siri. Siri AI combine ensuite ces éléments avec le contexte personnel de l’utilisateur et ce qui s’affiche à l’écran.
Pour les demandes en plusieurs étapes, Apple introduit les compétences d’application : des fichiers SKILL.md, rédigés en Markdown, qui décrivent par exemple comment passer une commande ou réserver une table. Apple prévient que ces compétences ne garantissent pas un comportement déterministe et que Siri n’appelle pas forcément les outils listés dans l’ordre prévu.
Les tests sont réservés aux versions signées en développement et aux testeurs internes de TestFlight. Apple annonce une arrivée chez les utilisateurs d’ici quelques mois et l’ouverture des soumissions App Store au printemps. Les conditions d’utilisation et les règles d’usage ne sont pas encore publiées. La bêta prévoit aussi des plafonds quotidiens côté serveur, six langues et une exclusion des moins de 13 ans.
| Échéance | Étape | Ce que cela change pour l’éditeur |
|---|---|---|
| 3 novembre 2026 | Ouverture de la préversion dans les bêtas 27.3. | Tests possibles en interne, avec des données fictives. |
| Date non fixée | Publication des conditions d’utilisation et des règles d’usage. | Moment de qualifier le rôle d’Apple et de finaliser la documentation RGPD. |
| D’ici quelques mois | Arrivée de Siri AI chez les utilisateurs, hors iPhone, iPad et Apple Watch dans l’Union européenne. | Les utilisateurs européens sur Mac et les marchés hors UE sont concernés en premier. |
| Printemps 2027 | Ouverture des soumissions App Store pour les intégrations Siri AI. | Registre, information des personnes et AIPD éventuelle doivent être prêts avant cette date. |
Pourquoi chaque intention exposée à Siri est un choix de traitement
Exposer une entité à Siri revient à mettre des données à disposition d’un assistant qui les croisera avec d’autres informations sur la personne. Le principe de minimisation (article 5) et la protection dès la conception (article 25) s’appliquent donc dès la rédaction du code. Une application de livraison peut exposer le statut d’une commande en cours sans livrer l’historique complet des achats. Une application de banque peut proposer un solde sans exposer le détail des opérations.
Beaucoup d’applications ont déjà des App Intents, déclarés à l’époque pour l’application Raccourcis. Ces intentions anciennes méritent une relecture : elles n’avaient pas été pensées pour un assistant capable de raisonner sur le contexte personnel.
Vérifier soi-même ce que l’application expose
Le DPO n’a pas besoin de lire le code Swift. Il demande à l’équipe mobile de remplir le tableau ci-dessous pour chaque élément trouvé, puis contrôle les réponses lors d’un test sur un appareil de développement. Le test compte davantage que la déclaration : ce que Siri répond vraiment montre ce qui est exposé.
| Élément | Ce que l’équipe voit | Ce que cela signifie | Version maîtrisée | Comment vérifier |
|---|---|---|---|---|
| Entités | Des types de données déclarés comme entités App Intents (commande, rendez-vous, client). | Siri peut lire ces contenus et les combiner avec le reste du contexte personnel. | Chaque entité ne porte que les champs utiles à une demande vocale précise. | Demander à Siri ce qu’il sait d’une commande de test, puis comparer avec la liste des champs prévus. |
| Outils | Des intentions marquées comme outils appelables par Siri. | Siri peut déclencher l’action sans que l’utilisateur ouvre l’application. | Les actions engageantes (paiement, envoi, suppression) demandent une confirmation dans l’application. | Lancer chaque action à la voix et noter si une confirmation apparaît avant l’exécution. |
| Spotlight | Des contenus de l’application indexés dans Spotlight. | Ces contenus deviennent visibles pour Siri, au-delà de la simple recherche. | Les contenus sensibles restent hors de l’index. | Taper dans la recherche de l’appareil un mot tiré d’un contenu sensible et vérifier qu’il ne remonte pas. |
| Compétences | Des fichiers SKILL.md dans le bundle de compétences de l’application. | Siri suit ces consignes de façon souple, sans garantie d’ordre. | Aucune règle de sécurité ou de conformité ne dépend d’une compétence. | Relire chaque fichier et repérer toute étape qui suppose un ordre strict. |
L’avis du DPO : partir de zéro plutôt que tout reprendre
La tentation sera de marquer comme outils toutes les intentions déjà écrites pour Raccourcis, parce que c’est rapide. Je conseille l’inverse : repartir d’une liste vide et n’ajouter une entité ou une action que si l’on sait dire en une phrase quelle demande vocale elle sert. Une entité sans usage clair n’apporte rien à l’utilisateur et alourdit le registre, l’information des personnes et, le cas échéant, l’AIPD.
Le rôle d’Apple dans le traitement reste à qualifier
Tant que les conditions d’Apple ne sont pas publiées, impossible de dire avec certitude si Apple agit comme responsable de traitement distinct, pour le compte de l’éditeur, ou selon un schéma mixte. La réponse dépendra de l’endroit où les requêtes sont traitées et de ce que prévoient les futurs contrats. L’analyse doit être calée sur le calendrier d’Apple et terminée avant la première soumission, avec la mise à jour du registre et de la politique de confidentialité.
Santé, paiement, mineurs : les intégrations qui demandent plus de précautions
Trois familles d’applications appellent une analyse plus poussée, parce qu’une erreur y touche des données sensibles, de l’argent ou des enfants.
Applications de santé
Prise de rendez-vous, rappels de traitement, résultats d’examens : toutes ces données relèvent de l’article 9. Une intégration vocale qui y touche entre très probablement dans les cas où une analyse d’impact (AIPD) s’impose. Un détail concret à tester : un assistant qui lit un résultat à voix haute dans un open space ou une voiture partagée expose une donnée de santé à des tiers sans qu’aucun système n’ait été piraté.
Paiement et actions engageantes
Un passage en caisse piloté par une compétence non déterministe doit se terminer par une confirmation explicite dans l’application. Même règle pour un envoi de message, une suppression ou une modification de compte. Le recueil d’un consentement au sens du RGPD ne peut pas reposer sur une compétence Siri.
Publics jeunes
Siri AI n’est pas proposé aux moins de 13 ans. Une application familiale ou éducative doit prévoir un parcours qui fonctionne sans l’assistant, et une information adaptée pour les parents.
Que faire selon ma situation ?
Nous éditons une application grand public
Notre application traite des données de santé
Notre application vise les familles ou les enfants
Les six étapes RGPD à mener avant le printemps 2027
Le délai jusqu’à l’ouverture de l’App Store suffit pour faire les choses dans l’ordre, à condition de commencer pendant la phase de test.
- Inventorier les intentions et entités déjà déclarées dans l’application.
- Classer chaque entité selon la sensibilité des données qu’elle porte, et retirer celles qui n’ont rien à faire dans un assistant.
- Tester sur TestFlight interne avec des comptes et des données fictifs, jamais avec des données de clients réels.
- Inscrire l’intégration Siri au registre comme évolution du traitement, et lancer l’AIPD pour les cas sensibles.
- Préparer le paragraphe de la politique de confidentialité : ce que Siri peut lire et faire dans l’application, et comment le désactiver.
- Fixer une revue à la publication des conditions d’Apple, avant la soumission sur l’App Store.
Vérifier ses connaissances sur Siri AI et le RGPD
Trois questions pour savoir si vous êtes prêt à cadrer le projet avec l’équipe mobile.
A. Oui, dès l’ouverture de l’App Store
B. Non, pas en l’état des annonces d’Apple
A. Les testeurs internes de TestFlight et les versions de développement
B. Tous les testeurs TestFlight, y compris externes
A. Oui, si le fichier SKILL.md le prévoit
B. Non, le consentement reste géré dans l’application
Voir le barème
L’essentiel à retenir sur Siri AI et la protection des données
Les éditeurs ont jusqu’au printemps pour construire leur intégration, et l’Europe attend toujours Siri AI sur iPhone. Ce délai laisse le temps de faire les choses dans l’ordre : décider ce que l’on expose, documenter, tester avec de fausses données. Les applications qui arriveront prêtes à la soumission auront fait ce travail pendant l’hiver.
