Organisation de crise violation de données : Le guide de l’ANSSI organise la crise autour d’une cellule stratégique qui décide et de cellules opérationnelles qui agissent. Le DPO n’appartient à aucune des deux au sens où il ne décide ni n’exécute. Il informe, conseille, contrôle et sert de point de contact avec la CNIL. Ce parcours suit les 18 fiches du guide et montre, pour chacune, où s’arrête son rôle.
Parcours
Module 00
Le rôle du DPO, avant d’ouvrir le guide
Le guide « Crise d’origine cyber : les clés d’une gestion opérationnelle et stratégique » (ANSSI-PA-089, version 1.0, décembre 2021) a été écrit avec le Club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises, à partir des retours d’expérience de Bouygues Construction, de l’Hôpital Nord-Ouest de Villefranche-sur-Saône et de CMA CGM. Il est publié sous Licence ouverte Etalab : on peut le citer et le réutiliser avec mention de la source.
Il définit la crise d’origine cyber comme une déstabilisation immédiate et majeure du fonctionnement courant, causée par une ou plusieurs actions malveillantes sur les services numériques. Il en relève cinq traits : impact immédiat et remédiation longue, propagation possible à d’autres organisations, menace qui s’adapte aux mesures prises, incertitude sur le périmètre compromis, difficulté à comprendre les objectifs de l’attaquant.
Le cadre fixé par le RGPD
Le rôle du DPO pendant une crise découle des mêmes articles qu’en temps normal. La crise ne crée aucune mission supplémentaire et n’autorise pas à sortir des missions existantes.
| Texte | Ce qu’il prévoit | Traduction en crise |
|---|---|---|
| Art. 38.1 | Le DPO est associé, d’une manière appropriée et en temps utile, à toutes les questions relatives à la protection des données | Il est prévenu dès qu’un incident touche des données personnelles et dispose des informations utiles |
| Art. 38.3 | Il ne reçoit aucune instruction pour l’exercice de ses missions et fait directement rapport au plus haut niveau de la direction | Il donne son avis à la cellule stratégique sans qu’on puisse lui dicter ses conclusions |
| Art. 38.6 | Ses autres tâches ne doivent pas entraîner de conflit d’intérêts | Il ne dirige ni la crise, ni l’enquête, ni la communication : il aurait ensuite à contrôler ses propres décisions |
| Art. 39.1 a | Informer et conseiller le responsable du traitement et les salariés | Avis sur la qualification de la violation, le risque pour les personnes, la notification, l’information des personnes |
| Art. 39.1 b | Contrôler le respect du règlement | Vérifier, en cours et après la crise, que les obligations ont été remplies et documentées |
| Art. 39.1 d et e | Coopérer avec l’autorité de contrôle et faire office de point de contact | Interlocuteur de la CNIL sur le dossier, sans être l’auteur de la notification |
| Art. 33 et 34 | Le responsable du traitement notifie la CNIL et informe les personnes, et documente toute violation | Décisions, signature, dépôt et registre des violations relèvent de l’organisme |
La Cour de justice de l’Union européenne a rappelé, dans l’arrêt X-FAB Dresden du 9 février 2023 (C-453/21), qu’un DPO ne peut se voir confier des tâches qui le conduiraient à déterminer les finalités et les moyens d’un traitement. Diriger une cellule de crise, arbitrer la restauration des systèmes ou choisir un outil de contournement revient à déterminer des moyens de traitement.
La phrase du guide à corriger
« En cas de violation des données personnelles (règlement général sur la protection des données), une notification de l’incident est réalisée par le délégué à la protection des données. »
ANSSI, fiche 11, objectif 3, volet stratégique
L’article 33 confie la notification au responsable du traitement. Le DPO apparaît dans la notification comme point de contact (article 33, paragraphe 3, b). Lors de la mise en place de la procédure, il recommande à la direction de désigner la personne qui déposera la notification et son suppléant, par exemple au service juridique, à la direction générale ou auprès du RSSI. Il relit le projet avant dépôt et consigne son avis.
Module 01 · fiches 1 à 7
Se préparer à affronter une crise cyber
La première partie du guide part d’un constat : on n’improvise pas une réponse au milieu d’une catastrophe. Pour le DPO, la préparation consiste à vérifier que l’organisme a prévu ce dont il aura besoin pour respecter le RGPD en crise, et à formuler des recommandations écrites quand ce n’est pas le cas. La mise en œuvre revient aux équipes concernées.
Fiche 1 · Connaître et maîtriser ses systèmes d’information
Le guide demande
- Cartographie des applications et services critiques et des données essentielles, à jour et hors ligne
- Cartographie des interconnexions avec les prestataires
- Contacts d’urgence des prestataires, hors ligne
- Politique de rétention des journaux
Le DPO conseille et vérifie
- Que le registre des traitements (article 30), tenu par l’organisme, permet de relier chaque application critique aux catégories de personnes et de données concernées
- Qu’une copie du registre figure parmi les documents hors ligne prévus par la fiche 1
- Que la durée de conservation des journaux est compatible avec les besoins d’enquête et la minimisation
Hors de son rôle
- Établir la cartographie du SI
- Fixer la politique de rétention des journaux
- Tenir lui-même le registre à la place des services
« Il est indispensable d’avoir une vision à jour des actifs numériques, dont ceux liés aux activités critiques ou hébergeant des données sensibles ou réglementées. »
CMA CGM, cité dans le guide, fiche 1
Une question permet au DPO de tester la préparation lors de son contrôle annuel : si le serveur de fichiers RH est chiffré à 5 heures du matin, l’organisme peut-il dire en dix minutes quelles personnes et quelles données sont concernées ? La réponse négative donne lieu à une recommandation écrite.
Avec DPO SUITE
Le registre des traitements, le registre des sous-traitants et le registre des délais de conservation tenus dans DPO SUITE sont hébergés hors du système d’information de l’organisme, chez Amazon Web Services, en région de Paris. Le jour où le réseau interne est chiffré, ils restent consultables depuis un poste sain, à condition que l’accès à DPO SUITE ne repose pas sur l’annuaire de l’organisme. La question « quelles personnes, quelles données » trouve sa réponse dans l’outil, et le DPO, qui dispose de son propre accès, peut fonder son conseil sur les mêmes informations que la direction.
Fiche 2 · Un socle de résilience numérique
Le guide demande
- PCA intégrant la perte totale du numérique
- Plan de sauvegarde et de restauration fondé sur des sauvegardes saines
- Ordre de reconstruction prévu (Active Directory, DNS, PKI, serveurs, postes)
- Outils de conduite de crise et annuaire hors ligne
Le DPO conseille et vérifie
- Que le PCA prévoit des règles de confidentialité pour le mode papier (rangement, accès, ressaisie, destruction)
- Que le risque d’incohérence des données restaurées, cité par le guide, est rattaché au principe d’exactitude
- Que les moyens de communication de secours retenus ont été examinés au regard du RGPD (localisation, sous-traitance)
Hors de son rôle
- Rédiger le PCA ou le PRA
- Choisir les outils de secours
- Définir l’ordre de reconstruction
Fiche 3 · Une stratégie de communication de crise
Le guide demande
- Liste des parties prenantes à alerter, avec canaux de secours
- Fichier presse hors ligne
- Messages types par scénario, plan de communication validé
Le DPO conseille et vérifie
- Que la CNIL et les personnes concernées figurent dans la liste des destinataires
- Que les messages types destinés aux personnes contiennent les mentions minimales de l’article 34 : nature de la violation, coordonnées du DPO, conséquences probables, mesures prises ou proposées
- Il relit ces modèles et donne son avis sur leur clarté
Hors de son rôle
- Rédiger les messages à la place de la communication
- Valider la stratégie de communication
- Être porte-parole
Le DPO attire aussi l’attention sur la cohérence entre la communication médiatique et la notification : affirmer publiquement « aucune donnée n’a été dérobée » pendant l’enquête crée un écart que la CNIL relèvera si elle contrôle.
Fiche 4 · L’organisation de crise
Le guide décrit une cellule stratégique (directeur de crise, management de l’information, appui à la conduite, communication), une cellule opérationnelle cyber et IT, et des cellules complémentaires selon les besoins. Le DPO n’apparaît pas dans le schéma.
Le guide demande
- Critères d’activation par le bas et par le haut
- Chaîne d’alerte avec un mode « alerte » et un mode « crise »
- Rôles définis, référentiel de crise à jour
Le DPO recommande
- Que la procédure prévoie son information dès qu’un incident touche des données personnelles (article 38.1)
- Que sa place soit écrite : conseiller de la cellule stratégique, avec accès à la main courante, sans voix décisionnelle
- Qu’un numéro joignable hors heures ouvrées et un suppléant figurent dans l’annuaire de crise
Hors de son rôle
- Diriger ou animer une cellule
- Tenir la main courante
- Déclencher l’état de crise
Fiche 5 · Les capacités de réponse à incident
Le guide conseille de prévoir des prestataires de réponse à incident, de préférence qualifiés par l’ANSSI (PRIS), au moyen de contrats-cadres et d’accords de non-divulgation. Ces prestataires accèdent aux disques, aux messageries et aux journaux : ils sont sous-traitants au sens de l’article 28. Le DPO donne son avis sur le projet de contrat-cadre et vérifie qu’il comporte les clauses de l’article 28, le lieu de traitement des copies et leur sort en fin de mission. Le choix du prestataire et la négociation appartiennent à l’organisme.
Avec DPO SUITE
Une fois le contrat signé, l’organisme inscrit le prestataire au registre des sous-traitants et le relie aux traitements concernés. Le DPO retrouve ainsi, en pleine crise, qui détient des copies et sur quel fondement contractuel.
Fiche 6 · Des polices d’assurance adaptées
Le guide invite à vérifier en amont ce que couvre le contrat. Le choix de l’assureur, l’étendue de la couverture et les conditions d’indemnisation relèvent de la direction, du risk manager et du service juridique. Le DPO n’y intervient pas. Un seul point le concerne : l’assureur et ses experts reçoivent des éléments de l’enquête contenant des données personnelles. Lors de son contrôle du registre, il vérifie que ce destinataire y figure.
Fiche 7 · S’entraîner
Le guide recommande une stratégie d’exercices pluriannuelle. Le DPO peut recommander qu’un exercice comporte un volet violation de données (revendication sur un site de fuite, sous-traitant qui prévient tardivement) et y participer dans son rôle réel de conseiller. L’exercice montre si la direction sait prendre et signer la décision de notification dans le délai, et si le DPO est prévenu à temps.
« Des fiches réflexes ne servent à rien si personne ne les comprend. »
CMA CGM, cité dans le guide, fiche 7
Phase 1 · fiches 8 à 11
Alerter, mobiliser et endiguer
La première phase vise à arrêter la propagation et à installer le dispositif de crise. Pour le DPO, elle commence par un appel : être informé tôt conditionne tout le reste de son conseil.
Fiches 8 et 9 · Activer et piloter
Le guide demande
- Décision d’activer la cellule selon des critères préétablis
- Main courante ouverte dès la mobilisation
- Mesures d’endiguement validées par la cellule stratégique quand elles touchent l’activité
- Évaluation de la criticité des données compromises
Le DPO conseille
- Sur la qualification : un rançongiciel qui chiffre des données personnelles constitue au minimum une violation de disponibilité
- Sur le point de départ des 72 heures, et recommande à la cellule de le consigner dans la main courante
- Sur l’évaluation du risque pour les personnes, à partir des catégories de données en cause
- Sur la préservation des preuves, utiles pour décrire l’étendue de la violation
Hors de son rôle
- Valider ou bloquer une mesure d’endiguement
- Ouvrir et tenir le dossier de violation à la place de l’organisme
- Arbitrer entre reprise d’activité et enquête
Le comité européen de la protection des données (lignes directrices 9/2022) fixe le départ des 72 heures au moment où l’organisme acquiert une certitude raisonnable qu’un incident de sécurité a compromis des données personnelles. Une courte période d’enquête est admise, l’attente de la fin des investigations ne l’est pas. Les lignes directrices 01/2021 traitent plusieurs cas de rançongiciels : sans exfiltration, l’indisponibilité de données de santé présente le plus souvent un risque qui conduit à notifier.
Couper un système compromis protège les données : le DPO n’a aucune raison de s’y opposer. S’il estime qu’une réinstallation hâtive détruirait des traces nécessaires pour évaluer la violation, il le dit à la cellule, qui arbitre.
« Le paiement de la rançon doit être évité, car il entretient le système frauduleux et ne garantit pas la récupération des données. »
ANSSI, fiche 9
La décision de payer ou non appartient à la direction, et le DPO ne se prononce pas sur son opportunité. Si on lui demande quelles en seraient les conséquences au regard du RGPD, il répond sur ce seul terrain : payer n’efface ni la violation ni les obligations de notification et d’information, et la promesse d’un attaquant de détruire des copies ne réduit pas le risque pour les personnes.
Fiche 10 · Soutenir les équipes
Le guide insiste sur les rotations, le suivi des heures, la logistique et les accès 24 h sur 24. Ces mesures relèvent des ressources humaines et de la logistique. Le DPO se borne à rappeler, si on le consulte, que les listes nominatives de prestataires et les données de suivi des heures entrent dans les traitements existants et suivent leurs durées de conservation.
Fiche 11 · Activer les réseaux de soutien et déclarer
Le guide confie la centralisation des déclarations à la cellule stratégique. Le tableau suivant indique qui décide et ce que le DPO apporte. Les délais NIS2 dépendent du statut de l’organisme et de l’état de la transposition française, que l’organisme vérifie au moment de la crise.
| Destinataire | Fondement | Délai | Décide et dépose | Apport du DPO |
|---|---|---|---|---|
| CNIL | RGPD, art. 33 | 72 h | Responsable du traitement | Avis écrit sur la nécessité de notifier, relecture du projet, point de contact |
| Personnes concernées | RGPD, art. 34 | sans délai | Responsable du traitement | Avis sur le risque élevé et sur le contenu du message |
| Responsable du traitement (si l’organisme est sous-traitant) | RGPD, art. 33.2 | meilleurs délais | Sous-traitant | Rappel du délai contractuel |
| ANSSI / CSIRT | NIS2, art. 23 | 24 h · 72 h · 1 mois | Direction, RSSI | Signale le besoin de cohérence avec la notification CNIL |
| Portail des signalements (CERT Santé) | CSP, art. L.1111-8-2 | sans délai | Organismes de santé concernés | Aucun, sauf question sur le champ d’application |
| Police, gendarmerie, parquet | Plainte ; code des assurances, art. L.12-10-1 | 72 h | Direction | Aucun |
| Assureur | Contrat | selon police | Direction, risk manager | Aucun |
L’article 33, paragraphe 4, autorise une notification par étapes. Le DPO peut recommander une notification initiale dans les 72 heures, complétée ensuite, plutôt qu’une notification complète tardive.
Avec DPO SUITE
La personne désignée par l’organisme enregistre l’incident de sécurité dans DPO SUITE. L’outil affiche les échéances de notification à partir de l’heure retenue et guide la qualification de la violation : nature (confidentialité, intégrité, disponibilité), catégories de données et de personnes, évaluation du risque. Le DPO consulte la fiche depuis son accès, y porte son avis, et chacun travaille sur le même état du dossier, horodaté.
ALIX, l’assistant intégré, peut proposer une première qualification ou des éléments de description. Ses propositions sont suivies ou non par l’utilisateur. L’IA utilisée est française (Mistral) et ne reçoit ni données personnelles ni données sur la structure cliente.
Repères de délai à partir de H+0
| Alerte précoce NIS2 (entités essentielles ou importantes) | H+24 |
| Notification à la CNIL par le responsable du traitement (article 33) | H+72 |
| Notification d’incident NIS2 | H+72 |
| Rapport final NIS2 | 1 mois après la notification |
Le point de départ retenu est une décision de l’organisme, à consigner avec son raisonnement. Ces repères servent au DPO pour formuler son conseil.
Phase 2 · fiches 12 à 14
Maintenir la confiance et comprendre l’attaque
La deuxième phase combine communication, investigation et mode dégradé. Les informations issues de l’enquête arrivent par étapes, et le conseil du DPO sur l’information des personnes évolue avec elles.
Fiche 12 · Communiquer efficacement
Le guide demande
- Plans de communication interne et externe
- Porte-parole formé, point de contact presse unique
- Éléments de langage validés par la communication et le service juridique
Le DPO conseille
- Sur l’existence d’un risque élevé qui impose l’information des personnes
- Sur les exceptions de l’article 34.3 et leur application au cas
- Sur le contenu minimal du message et sa compréhension par les personnes
Hors de son rôle
- Décider d’informer ou non les personnes
- Rédiger ou envoyer les messages
- Répondre à la presse
L’article 34 prévoit trois cas où la communication aux personnes n’est pas exigée : données rendues incompréhensibles (chiffrement solide, clé non compromise), mesures ultérieures rendant le risque élevé improbable, efforts disproportionnés, auxquels se substitue alors une communication publique. La CNIL peut exiger l’information si elle estime le risque élevé. Avec des données de santé ou des pièces d’identité publiées, le DPO aura rarement d’arguments pour conseiller de s’en dispenser.
Fiche 13 · Conduire l’investigation numérique
Le guide confie l’investigation aux équipes cyber et au prestataire, et prévient que le « patient 0 » ne sera peut-être jamais identifié. Le DPO ne pilote pas l’enquête et ne donne pas d’instructions au prestataire. Il indique à la cellule, qui relaie, les informations nécessaires pour compléter la notification :
- existence, date et volume d’une exfiltration ;
- partages, bases et messageries que l’attaquant a pu lire ;
- atteinte éventuelle aux sauvegardes ;
- ancienneté de l’intrusion, qui élargit la période de données concernées.
Quand un échantillon est publié sur un site de fuite, le DPO peut recommander que son analyse passe par le prestataire, dans un environnement maîtrisé, plutôt que par un téléchargement sur un poste interne.
« Le partage progressif des résultats des investigations a été indispensable pour que les managers se représentent les effets de la crise sur l’activité métier. »
CMA CGM, cité dans le guide, fiche 14
Fiche 14 · Le mode de fonctionnement dégradé
Le guide prévoit des solutions de contournement : nuage, prestataire, papier, moyens personnels. Elles sont choisies par les métiers et la DSI et suivies dans le registre des dérogations que la fiche 4 confie à l’organisation de crise. Le DPO, lorsqu’il en a connaissance, formule un avis : données traitées, localisation, durée limitée, sort des données à la fin. Il signale en particulier les « moyens personnels » (messageries privées, adresses électroniques grand public) qui font circuler des données hors de tout encadrement.
Dans un service de santé au travail, le retour au papier concerne des dossiers de salariés suivis. Le DPO rappelle à la direction le besoin de règles de rangement, d’accès, de ressaisie et de destruction ; leur mise en place revient aux responsables des services.
Avec DPO SUITE
Les demandes d’exercice des droits consécutives à la fuite sont enregistrées par l’organisme dans DPO SUITE, avec leur date de réception et leur échéance. Le DPO suit d’un coup d’œil les demandes en retard, sans avoir à les traiter lui-même.
Phase 3 · fiches 15 et 16
Relancer les activités et durcir les systèmes
La troisième phase consiste à reprendre le contrôle, reconstruire un « cœur de confiance » et remettre en production par priorité (P0 à P3). Le guide demande que toute dérogation aux règles de sécurité soit portée à la connaissance de la cellule stratégique et fasse l’objet d’une acceptation formelle du risque.
Le guide demande
- Plan de durcissement et de remédiation
- Priorisation des systèmes à reconstruire
- Prise en compte d’une restauration partielle des données
- Acceptation formelle des dérogations par la cellule stratégique
Le DPO conseille et contrôle
- Signale l’enjeu d’exactitude des données après une restauration partielle
- Vérifie que les dérogations touchant des données personnelles sont écrites et datées, et donne un avis écrit si le risque lui paraît excessif
- Rappelle que les nouveaux outils sont à inscrire au registre et, si les critères sont réunis, à soumettre à une analyse d’impact sur laquelle il rend un avis (article 35.2)
- Rappelle le délai d’un mois pour répondre aux demandes d’accès consécutives à la fuite
Hors de son rôle
- Accepter ou refuser une dérogation
- Prioriser la reconstruction
- Traiter lui-même les demandes d’accès
- Choisir les nouveaux outils
Après une communication aux personnes, les demandes « mes données font-elles partie de la fuite ? » arrivent. Le délai de l’article 12 continue de courir : un mois, prolongeable de deux mois si la personne en est informée dans le premier mois. Le DPO peut recommander qu’un circuit de réponse soit prévu ; le traitement des demandes reste celui de l’organisme.
Avec DPO SUITE
Les dérogations acceptées par la cellule stratégique peuvent être suivies comme des non-conformités, chacune avec son action corrective, son responsable et sa date de levée. Les nouveaux outils adoptés pendant la reconstruction entrent au registre, et l’analyse d’impact se conduit dans le module AIPD, où le DPO rend son avis.
« Pour rétablir au plus vite l’activité, nous avons dû faire preuve de souplesse, toutefois jamais sans garde-fou pour éviter une nouvelle compromission. »
Bouygues Construction, cité dans le guide, fiche 13
Phase 4 · fiches 17 et 18
Sortir de la crise et capitaliser
La sortie de crise intervient quand les activités essentielles reprennent normalement, même si la reconstruction se poursuit. Le guide cite parmi les actions de sortie l’identification et la réalisation des obligations réglementaires de déclaration post-crise. Pour le DPO, la phase 4 est celle du contrôle.
Fiche 17 · Ce que le DPO vérifie à la clôture
Ces actions incombent à l’organisme. Le DPO vérifie qu’elles ont été réalisées et le consigne :
- une notification complémentaire ou de clôture a été adressée à la CNIL avec les éléments définitifs ;
- la documentation interne de la violation exigée par l’article 33, paragraphe 5, est complète : faits, effets, mesures correctrices ;
- le sort des copies remises au prestataire et à l’assureur a été réglé ;
- les documents papier du mode dégradé ont été ressaisis puis détruits, les outils de contournement fermés ;
- le registre, les contrats et les analyses d’impact touchés par la crise ont été mis à jour.
Fiche 18 · Le retour d’expérience
Le guide prévoit un RETEX en deux temps, terminé au plus tard 30 jours après la fin de la crise, mené par une équipe désignée par la cellule stratégique. Il précise que le RETEX n’est pas un audit. Le DPO y est interrogé et peut demander que figurent parmi les questions :
- le délai entre la détection et son information ;
- la capacité du registre à répondre à la question « quelles personnes, quelles données » ;
- le délai entre son avis et la décision de notifier ;
- la compréhension des messages par les personnes concernées ;
- les contournements adoptés sans avis préalable.
Le DPO rend compte de la violation, de ses avis et de leur suivi dans son rapport annuel à la direction. Ce rapport mentionne aussi les cas où ses recommandations n’ont pas été suivies.
Avec DPO SUITE
L’incident, les avis du DPO, les actions correctives et les demandes d’accès étant enregistrés au fil de la crise, le rapport annuel du DPO dans DPO SUITE reprend ces éléments sans ressaisie. Si la CNIL ouvre ensuite une procédure, la saisine se suit dans l’outil comme un incident, rattachée au dossier d’origine.
Mise en situation
Six moments, une semaine de crise
Vous êtes DPO externe d’un service de prévention et de santé au travail interentreprises : 180 salariés, 4 000 entreprises adhérentes, 60 000 salariés suivis. La cellule stratégique est dirigée par la directrice générale. Chaque choix entraîne une conséquence. Certaines réponses vous font sortir de votre rôle : elles ont un coût, même quand elles semblent efficaces.
Étape 1 sur 6 · Mardi · 06 h 10 · H+0
L’astreinte informatique vous appelle
Trois serveurs sont chiffrés, dont celui du logiciel de suivi médical. Le DSI a coupé le réseau à 5 h 40 sur décision de la directrice générale. Il vous prévient parce que la procédure le prévoit.
Vous remerciez, demandez l’heure de détection et les premiers constats, et indiquez à la directrice que les 72 heures courent probablement depuis 5 h 40, en recommandant de le consigner dans la main courante.
Vous demandez au DSI de rebrancher un serveur pour vérifier quelles données sont touchées.
Vous attendez le point de 9 h pour vous exprimer.
Étape 2 sur 6 · Mardi · 11 h 00 · H+5
Première réunion de la cellule stratégique
La directrice générale : « Le prestataire n’a aucune preuve de vol de données. Sommes-nous concernés par le RGPD ? Et puisque c’est votre domaine, prenez en charge le dossier CNIL. »
Vous confirmez qu’il s’agit d’une violation de disponibilité, recommandez de désigner la personne qui préparera et déposera la notification, et proposez de relire le projet et de rendre un avis écrit avant jeudi.
Vous acceptez de prendre en charge le dossier CNIL.
Vous répondez qu’il faut attendre la preuve d’une exfiltration.
Étape 3 sur 6 · Mardi · 18 h 00 · H+12
On vous demande votre avis sur la plainte
Le responsable administratif et financier : « À votre avis, faut-il porter plainte maintenant ou attendre ? »
Vous répondez que la plainte relève de la direction et de ses conseils, hors de vos missions. Vous ajoutez seulement que les éléments remis aux enquêteurs contiennent des données personnelles et passent par la personne désignée par la direction.
Vous donnez votre opinion sur l’opportunité de porter plainte.
Vous proposez d’accompagner le responsable à la gendarmerie pour expliquer l’attaque.
Étape 4 sur 6 · Jeudi · 10 h 00 · H+52
40 Go sortis vers un hébergeur étranger
Le prestataire confirme une exfiltration de 40 Go depuis le partage administratif et le serveur du logiciel de suivi. Le contenu exact n’est pas encore établi.
Vous rendez un avis écrit : notification initiale avant H+72 avec les catégories probables, compléments ensuite. Vous relisez le projet préparé par le responsable désigné.
Vous déposez vous-même la notification pour ne pas perdre de temps.
Vous conseillez d’attendre la liste exacte des fichiers.
Étape 5 sur 6 · Samedi · 09 h 00 · J+4
Revendication sur un site de fuite
Un groupe publie un échantillon : avis d’aptitude, comptes rendus de visite, fichier d’adhérents. Il menace de tout publier dans sept jours. Le président envisage de payer.
Vous laissez la décision de payer à la direction. Interrogé sur le RGPD, vous indiquez par écrit qu’un paiement n’effacerait aucune obligation, que le risque pour les salariés suivis paraît élevé et justifie leur information au titre de l’article 34, et vous proposez de relire le message.
Vous rédigez et envoyez le message aux salariés suivis vous-même, pour aller vite.
Vous recommandez à la direction de ne pas payer, comme le guide ANSSI.
Étape 6 sur 6 · Lundi · J+20
Sortie de crise
Les applications prioritaires fonctionnent. La directrice : « On a tout fait, on passe à autre chose. »
Vous vérifiez avec elle les points encore ouverts (notification complémentaire, documentation de l’article 33.5, sort des copies du prestataire, RETEX), vous lui remettez une note écrite et vous l’inscrirez dans votre rapport annuel.
Vous prenez en charge la clôture du dossier pour qu’elle soit bien faite.
Vous classez le sujet.
Bilan sur 12 points
De 11 à 12 : vous avez conseillé à chaque étape sans prendre la place de la direction ni des équipes.
De 8 à 10 : certaines réponses vous ont fait sortir de votre rôle ou ont privé la direction d’un élément.
7 ou moins : reprenez le module 00 avant de recommencer.
Points de contrôle
Ce que le DPO vérifie avant la crise
L’annexe 1 du guide liste la boîte à outils de crise de l’organisme. Voici les points que le DPO contrôle, de préférence lors de son audit annuel. Chaque point manquant donne lieu à une recommandation écrite à la direction.
- ☐La procédure de crise prévoit l’information du DPO dès qu’un incident touche des données personnelles
- ☐La place du DPO dans le dispositif est écrite : conseiller, sans voix décisionnelle, avec accès à la main courante
- ☐Le numéro du DPO et de son suppléant figure dans l’annuaire de crise hors ligne
- ☐Une personne et un suppléant sont désignés pour préparer et déposer la notification à la CNIL
- ☐Le circuit de décision sur la notification est défini (qui signe, dans quel délai)
- ☐Le registre des traitements reste consultable si le réseau de l’organisme est chiffré (copie hors ligne ou outil hébergé hors du SI, comme DPO SUITE)
- ☐La liste des sous-traitants comporte un contact d’urgence et le délai contractuel de notification d’une violation
- ☐Les messages types aux personnes prévus par la communication comportent les mentions de l’article 34
- ☐Le contrat du prestataire de réponse à incident comporte les clauses de l’article 28 et règle le sort des copies
- ☐Le PCA prévoit des règles de confidentialité pour le mode papier
- ☐Les moyens de communication de secours ont été soumis à l’avis du DPO
- ☐Un registre des violations existe et est tenu par l’organisme (article 33.5)
- ☐Un circuit de réponse aux demandes d’accès consécutives à une fuite est prévu
- ☐Au moins un exercice de crise a comporté un volet violation de données
DPO SUITE
Préparer la prochaine crise avec DPO SUITE
DPO SUITE a été créée par des DPO, pour des DPO et pour les organismes qu’ils accompagnent. Elle part d’une idée simple : la conformité se pilote par la direction, et chacun y tient son rôle. L’organisme tient ses registres, enregistre ses incidents et ses demandes. Le DPO dispose de son propre accès pour conseiller, contrôler et rendre compte.
Appliqué à la crise cyber, cela donne un registre consultable quand le réseau est tombé, un incident documenté dès la première heure avec ses échéances, des avis du DPO horodatés, et un rapport annuel qui reprend la crise sans la reconstituer de mémoire. Une centaine de DPO l’utilisent déjà.
Ce tutoriel ne remplace pas la procédure de gestion des violations de votre organisme. Les textes cités sont à vérifier dans leur version en vigueur au moment de la crise.


