
Des satellites espions émettent vers la Terre sur des fréquences que les normes internationales réservent au sens inverse. Un observateur amateur canadien l’a établi avec son propre matériel, comme l’a révélé la radio publique américaine NPR en octobre 2025.
Ces satellites espions appartiennent à Starshield, la branche de SpaceX dédiée aux clients gouvernementaux. L’affaire pose donc une question simple : qui contrôle ce que ces engins observent, et selon quelles règles ?
Comment un amateur a repéré les satellites espions de Starshield
Scott Tilley observe les satellites depuis son installation personnelle en Colombie-Britannique, au Canada. Il a d’abord capté des émissions radio inhabituelles venant de l’orbite basse. Ensuite, il a comparé ses enregistrements aux catalogues d’observations tenus par d’autres amateurs, ce qui lui a permis d’attribuer les signaux à la constellation Starshield, distincte du réseau civil Starlink.
Au total, il dit avoir détecté les signaux de 170 de ces satellites espions.
Les émissions occupent la bande de 2025 à 2110 MHz. Or les normes de l’Union internationale des télécommunications (UIT) réservent cette bande aux liaisons montantes, de la Terre vers les satellites. Ici, le flux part de l’espace vers le sol, contrairement à ces normes. Selon NPR, cet usage peut provoquer des interférences avec d’autres satellites.
La méthode mérite d’être retenue. Elle ne demande aucun accès privilégié : une installation personnelle et des catalogues publics ont suffi. En pratique, la transparence sur ces constellations repose donc aujourd’hui sur des bénévoles.
Starshield, un réseau d’État confié à une entreprise privée
SpaceX a présenté Starshield en décembre 2022, comme le rapportait alors Defense News. Le programme reprend l’infrastructure de l’entreprise et vise les clients gouvernementaux. Selon NPR, les satellites sont exploités pour le compte du gouvernement américain par le National Reconnaissance Office, l’agence chargée du renseignement spatial. Leurs missions couvrent l’observation de la Terre et les communications sécurisées.
Ce montage brouille donc une frontière jusqu’ici nette. Une société commerciale fabrique et opère des moyens d’observation, tandis qu’une agence de renseignement en fixe l’usage. Par conséquent, les populations survolées ne savent ni qui collecte, ni ce qui est conservé.
Nous estimons ce point plus préoccupant que la question des fréquences. Une bande radio mal utilisée se mesure et se signale. À l’inverse, la finalité d’une observation depuis l’orbite échappe à toute mesure extérieure.
Ce que le droit de l’espace et le RGPD encadrent vraiment
Le traité de 1967 sur l’espace extra-atmosphérique interdit de placer en orbite des armes nucléaires ou d’autres armes de destruction massive. Il ne dit rien, en revanche, des systèmes de surveillance ou de collecte de données. En effet, ses rédacteurs n’avaient pas en tête des constellations de milliers d’engins capables d’observer la Terre avec une précision croissante.
Du côté européen, l’article 3 du règlement général sur la protection des données (RGPD) prévoit son application à un responsable de traitement établi hors de l’Union. Il pose toutefois une condition : le traitement doit être lié à l’offre de biens ou de services à des personnes se trouvant dans l’Union, ou au suivi de leur comportement dans l’Union.
Appliquer ce texte à une constellation de renseignement reste un terrain inexploré. Ses auteurs visaient des acteurs économiques qui vendent ou profilent. Un service de renseignement étranger agissant pour son État n’entre dans aucune de ces cases, et aucune autorité européenne n’a de prise directe sur lui. Pour vos propres échanges de données avec des prestataires américains, le contrôle passe par d’autres outils, présentés dans Data Privacy Framework : vérifier vos transferts USA.
Pendant ce temps, le nombre d’engins augmente. Plus de 10 000 satellites Starlink sont en orbite depuis mars 2026, selon Advanced Television. De plus, Amazon déploie Amazon Leo, l’ancien projet Kuiper, d’après The Register, et la Chine développe sa constellation GW. Le débat sur la collecte de données depuis l’espace ne peut donc plus attendre.
Comment suivre ce dossier sans tomber dans la rumeur
Les articles sur les satellites espions mélangent souvent faits mesurés et spéculations. Commencez par la mesure : les fréquences et le nombre de satellites détectés par Scott Tilley, que d’autres amateurs peuvent reproduire. Passez ensuite à l’attribution : le lien avec Starshield repose sur des catalogues publics, et NPR l’a relayé. Enfin, l’usage reste inconnu : les capacités précises de ces satellites ne sont pas publiques.
Ainsi, toute affirmation sur ce que ces engins captent exactement au-dessus de l’Europe doit citer une source primaire. Sans elle, classez l’information comme hypothèse. Appliquez le même tri aux alertes sur les logiciels espions, comme celles d’Apple détaillées dans notre article Espionnage sur iPhone : Apple alerte des utilisateurs dans 99 pays.
Sources
Le récit de la découverte et le rôle du National Reconnaissance Office figurent dans l’enquête de NPR, A classified satellite network is emitting a mysterious signal.
La création de Starshield en décembre 2022 est décrite par Defense News dans SpaceX forms Starshield business unit to focus on national security.
Le seuil des 10 000 satellites Starlink provient de l’article 10,000 Starlinks in orbit.
Le changement de nom du projet Kuiper est rapporté par The Register dans Project Kuiper becomes Amazon Leo as satellite network trickles into orbit.
Le contenu du traité de 1967 est présenté par le Bureau des affaires spatiales des Nations unies sur la page The Outer Space Treaty.
Le texte de l’article 3 du RGPD se lit sur EUR-Lex, Règlement (UE) 2016/679.

