
La communication thermoradiative, mise au point par des ingénieurs de l’UNSW Sydney et de l’université Monash de Melbourne, cache des données dans le rayonnement thermique que tout objet émet. Un observateur extérieur ne voit donc aucune transmission en cours. Seul un récepteur doté du bon équipement capte le message.
L’équipe a publié ses travaux le 5 mars 2026 dans la revue Light: Science & Applications, éditée par le groupe Nature. Le prototype reste un dispositif de laboratoire. Il pose toutefois une idée simple : le chiffrement protège le contenu d’un échange, alors que cette méthode masque l’échange lui-même.
Comment la communication thermoradiative cache un signal dans la chaleur
Tout corps émet une faible lueur infrarouge, invisible à l’œil et visible avec une caméra thermique. Les chercheurs exploitent donc un effet appelé luminescence négative : des matériaux particuliers rendent cette lueur plus sombre que le fond thermique. Le Dr Michael Nielsen, auteur principal, le compare à une lampe de poche capable de devenir « plus sombre qu’éteinte ».
Une transmission classique alterne entre allumé et éteint, qu’il s’agisse d’une lumière, d’ondes radio ou d’une fibre optique. Un tiers voit donc qu’un échange a lieu, même s’il ne peut pas lire un message chiffré.
En revanche, la diode thermoradiative bascule vite entre un état plus lumineux et un état plus sombre que la normale. Le motif obtenu se fond dans le bruit thermique ambiant. Ainsi, une personne qui ignore l’existence de l’échange ne le distingue pas du fond. Les chercheurs nomment ce procédé « communication sans signature ».
L’équipe, dirigée par le professeur Ned Ekins-Daukes et le Dr Michael Nielsen (UNSW), compte aussi les professeurs Michael Fuhrer et Stefan Maier (université Monash et Imperial College London). De plus, le procédé découle de leurs travaux antérieurs sur le « solaire nocturne », une électricité produite après le coucher du soleil.
Un prototype à 100 kilooctets par seconde
D’abord, en laboratoire, le dispositif transmet environ 100 kilooctets par seconde. Ce débit reste modeste. Selon l’UNSW, l’équipe envisage pourtant un produit commercial à quelques mégabits par seconde d’ici quelques années de développement.
Les chercheurs de Monash proposent aussi d’utiliser le graphène, un matériau très conducteur formé d’une seule couche d’atomes de carbone. D’après eux, il permettrait d’atteindre des débits de l’ordre du gigaoctet par seconde. Aucune mesure ne confirme encore cette perspective.
Ensuite, d’autres limites figurent dans le communiqué de l’université. Le prototype actuel utilise du tellurure de mercure et de cadmium, et l’équipe étudie des semi-conducteurs à base d’antimoniures, moins toxiques. De plus, le signal part aujourd’hui dans toutes les directions. Les versions futures doivent le rendre directionnel, puis guidé comme dans une fibre optique.
Ce que la communication thermoradiative change pour la sécurité des données
Concrètement, l’UNSW cite la défense et la finance comme premiers usages possibles. Pour une entreprise ou un établissement de santé, rien ne change aujourd’hui, faute de produit disponible.
La méthode ne remplace pas le chiffrement. En effet, le communiqué précise que l’information cachée peut aussi être chiffrée de façon classique. Un attaquant qui repérerait le signal se heurterait donc encore au chiffrement.
Votre sécurité repose donc toujours sur les mesures connues : chiffrement des flux et des supports, gestion des accès, journalisation. Pour vos traitements de données personnelles, l’article 32 du RGPD exige des mesures adaptées au risque et à l’état des connaissances. Une technologie de laboratoire n’entre pas encore dans cet état des connaissances.
Gardez plutôt ce sujet dans votre veille technique. Revérifiez-le quand un premier produit annoncera un débit et un prix. En attendant, contrôlez où vos données circulent en clair, et commencez par les données de santé et RH, comme l’explique notre article sur le chiffrement et la tokenisation.
Sources
L’article scientifique de Nielsen, Maier, Fuhrer et Ekins-Daukes, Balancing positive and negative luminescence for thermoradiative signatureless communications, est paru le 5 mars 2026 dans Light: Science & Applications, revue du groupe Nature, en accès libre.
Le communiqué de l’UNSW Sydney, New ‘negative light’ technology hides data transfers in plain sight, détaille le débit mesuré, les perspectives et les matériaux.
Futura Sciences les présente en français : Le chiffrement protège vos données. Cette nouvelle méthode fait comme si elles n’existaient pas.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la communication thermoradiative ?
La communication thermoradiative transmet des données en modulant le rayonnement infrarouge d’une diode, de sorte que le signal se confond avec la chaleur ambiante.
Un observateur sans équipement adapté ne voit pas qu’un échange a lieu. Les chercheurs de l’UNSW parlent de « communication sans signature ».
Qu’est-ce que la luminescence négative ?
La luminescence négative est un effet par lequel des matériaux particuliers émettent moins de rayonnement infrarouge que leur environnement, et paraissent donc plus sombres que le fond thermique.
Elle n’existe pas en lumière visible. La diode thermoradiative alterne entre un état plus lumineux et un état plus sombre que la normale pour coder l’information.
Quel débit atteint la communication thermoradiative ?
Le prototype de l’UNSW atteint environ 100 kilooctets par seconde en laboratoire.
L’équipe envisage un produit commercial à quelques mégabits par seconde d’ici quelques années, et des débits de l’ordre du gigaoctet par seconde avec le graphène, sans résultat mesuré à ce stade.
La communication thermoradiative remplace-t-elle le chiffrement ?
Non, elle masque l’existence de l’échange et ne rend pas son contenu illisible.
Les chercheurs précisent que les données transmises peuvent aussi être chiffrées. Les deux protections se cumulent.
Peut-on déjà acheter un équipement de communication thermoradiative ?
Non, aucun produit n’est commercialisé : le dispositif publié en mars 2026 reste un prototype de laboratoire.
L’UNSW évoque un produit commercial d’ici quelques années de développement, sans date précise.

