Faire tourner son IA chez soi évite certains transferts de données. Pas tous. Avec Core, la question se déplace vers les comptes qu’on y branche, les captures d’écran et ce que la machine retient. J’ai lu la documentation en tant que DPO : plusieurs points sont à vérifier avant d’envisager un usage professionnel.
Ce que Ghost a annoncé
Ghost a présenté Core le 5 octobre 2026, et Superhuman l’a relayé le lendemain. C’est un ordinateur personnel qui fait tourner une IA en local, en permanence, et qui va chercher du contexte dans les applications et les fichiers connectés. L’argument se comprend vite : ne plus réexpliquer le même dossier à chaque demande.
Prix affiché : 3 499 dollars, sans abonnement. Le 6 octobre, la fiche produit indiquait que le premier lot était épuisé, avec une expédition prévue le 31 octobre. Rien encore sur la France. Tout cela vient du fabricant : je n’ai pas eu la machine entre les mains.
La page d’accueil promet qu’aucune donnée ne quitte le domicile. La politique de confidentialité est moins catégorique. Elle vaut le détour même si personne chez vous ne compte acheter Core, parce qu’elle montre bien ce qui se passe quand un assistant combine calcul local et services en ligne.
Ce que dit la politique de confidentialité
Dans sa version du 5 octobre, Ghost explique que l’IA conversationnelle et la mémoire tournent sur l’appareil, sans modèle distant en secours. Mais certaines fonctions en ligne envoient des éléments de la tâche à des prestataires, en passant par une passerelle Ghost. Ghost s’engage à ne rien conserver sur cette passerelle. Ce que fait le prestataire au bout de la chaîne, c’est une autre histoire.
Deux détails m’ont arrêté. L’historique d’écran est désactivé par défaut, mais une fois activé, il continue de capturer en navigation privée. Et supprimer une conversation ou un fichier ne supprime pas forcément le « souvenir » que l’IA en a tiré. Ghost annonce des commandes pour consulter, corriger et effacer ces souvenirs. Il reste que des copies peuvent traîner sur les appareils associés et dans leurs sauvegardes.
Dans un projet professionnel, « local » ne veut donc pas dire grand-chose tant qu’on n’a pas dessiné les flux. Ce que l’assistant lit, ce qu’il appelle, ce qu’il recopie. Avec ce schéma, on discute avec le fournisseur d’opérations précises. Sans lui, on discute d’une promesse.
Un exemple : le rendez-vous client
Scénario fictif. Une responsable de clientèle demande à son assistant de préparer un rendez-vous. Elle lui ouvre un dossier avec les commandes du client et quelques comptes rendus. S’il retrouve une échéance ou une question restée en suspens, tant mieux. À condition de pouvoir remonter au document d’où vient l’information.
Ajoutons au dossier une note : l’interlocuteur était absent pour raison de santé. Cette précision doit-elle entrer dans la mémoire durable ? Ressortir au prochain rendez-vous ? Partir dans une recherche externe ? Ce sont des questions de pertinence et de destinataires. Que le calcul se fasse dans le bureau ou dans un centre de données n’y change rien.
L’exercice marche aussi avec un dossier d’adhérent, une demande d’usager ou un échange fournisseur. Partez d’une tâche limitée et regardez ce dont l’assistant a vraiment besoin. Si trois documents suffisent, ouvrir tout le compte demande une bonne raison.
Ce qui reste à décider dans chaque organisme
La CNIL conseille de partir d’un besoin concret, d’encadrer les usages et de faire travailler ensemble le métier, le DPO et l’informatique. Elle reconnaît aussi qu’un déploiement sur site limite certains risques d’extraction par un tiers. Encore faut-il regarder quelles fonctions sont activées et comment l’outil est réellement utilisé.
Dès qu’un organisme traite des données personnelles dans un cadre professionnel, le RGPD s’applique, machine locale ou pas. Rien ne disparaît de la liste habituelle, de la finalité à l’information des personnes. Il faut qualifier le rôle des prestataires et vérifier s’il y a des transferts hors de l’Espace économique européen.
Pour l’effacement et la rectification, je ne me fierais pas à la documentation : il faut les tester de bout en bout, copies et données dérivées comprises. Si l’usage prévu présente un risque élevé pour les droits et libertés, une analyse d’impact s’impose avant de démarrer. C’est l’usage et son contexte qui en décident. Acheter un ordinateur « local » ne règle pas la question.
Quatre essais à mener avant un pilote
Ces essais valent pour n’importe quel assistant de ce type, pas seulement Core. On les fait avec des comptes de test et des données fictives, sans présumer que l’outil offre déjà toutes les garanties.
- Les accès. Mettez deux dossiers dans l’environnement de test et n’autorisez que le premier. Demandez une synthèse qui exige le second : l’assistant doit refuser. Retirez ensuite l’accès au premier et recommencez. Au passage, notez qui, dans l’organisme, a la main sur ces droits.
- Une tâche en ligne. Demandez à l’équipe informatique d’identifier la requête qui part et le service qui la reçoit. Puis demandez au fournisseur comment bloquer l’envoi d’une donnée exclue du pilote. Il vous faut une règle applicable et un résultat que vous pouvez constater, y compris quand c’est l’assistant qui choisit l’outil.
- Corriger, puis supprimer. Glissez une fausse échéance dans un document de test, corrigez-la et regardez la réponse suivante. Supprimez ensuite le document et les souvenirs liés. Qu’est-ce qui reste consultable ? Qu’est-ce qui revient après synchronisation ? Notez les commandes utilisées : ce sont celles dont vous aurez besoin le jour où quelqu’un exercera ses droits.
- Les actions. Demandez une opération qui engage l’organisme, par exemple répondre à un client fictif. Exigez une validation humaine sur le destinataire et le contenu exact. Testez aussi l’interruption de la tâche et gardez une trace du résultat.
La question que j’ajoute à mes questionnaires fournisseurs
« Pouvez-vous nous montrer, sur une tâche complète, ce qui est lu, ce qui est transmis et ce qui reste après suppression ? » Un fournisseur qui fait la démonstration, on peut avancer avec lui. S’il renvoie à la mention « IA locale » de sa fiche produit, on a déjà sa réponse.































